vendredi 16 novembre 2012

Pour un Renouveau du Volontarisme Politique.


Avant toute chose, face à une problématique au lexique si riche, tâchons de définir avec précision et sans ambiguïté les concepts ici évoqués.

Le Volontarisme politique consiste en la conviction que l'action politique, elle-même instrument de la volonté, a vocation à modifier ou faire évoluer la réalité dans son acceptation la plus large, à favoriser le changement de paradigme. En s'inspirant de Schopenhauer, le volontarisme politique prône alors l'ascendant de la volonté sur toute représentation. Ce Volontarisme spécifique ne doit alors aucunement être confondu avec le volontarisme philosophique ou littéraire qui lui, lié à ce qu'on appellera plus tard les «  radicalités existentielles », développe un discours libertarien de méfiance envers tout pouvoir politique et se place donc en opposition radicale avec la première conception ici développée.Ces précisions étant faites, la question est alors de se demander par quels outils et par quels moyens une telle doctrine, une telle conviction, est en mesure d'apporter une réponse concrète et efficace aux divers et préoccupants problèmes soulevés par la crise économique, la crise de la dette et la crise politique.

Afin de répondre à cette question, je me permets de citer préalablement Edmund Burke: « Pour que le mal triomphe seule suffit l'inactivité des gens de bien ». Cette citation est révélatrice à elle seule des mécanisme et dysfonctionnements politiques et idéologiques qui ont rendu possible la situation politique, sociale et économique actuelle que nous connaissons en Occident tout particulièrement. En effet, comment renouer avec le volontarisme politique ? Tout simplement en le comprenant dans sa nature profonde afin de saisir enfin le champ des possibles de ses potentialités et le rendre enfin actif, opératif et plus seulement figuratif ! En effet,l'erreur la plus fatale fut de croire que parce que le volontarisme place par définition la volonté au coeur de son raisonnement, il en exclut nécessairement la raison ! Autrement dit, on oppose l'action d'une part et la réflexion, l'activité intellectuelle d'autre part ce qui revient tout simplement à dissocier le fond de la forme ! Cette dichotomie ne peut mener qu'à l'échec dans le domaine politique et je m'en explique immédiatement :
Les peuples aspirent de toute évidence à voter pour des représentants charismatiques, porteurs d'enthousiasme et d'espoir et ces évidences n'échappent bien évidemment pas à la classe politique dans sa totalité. Cependant, le temps passé en tribune ou en meeting n'est pas du temps passé à l'établissement d'un programme complet, ambitieux et réalisable mais bien au delà de cela, ce n'est également pas du temps consacré à l'édification de sa pensée propre, de son idéologie et pourrais-je même dire, de sa vision de l'Etat, de la République, de l'Europe ou même du Monde. L'importante pression exercée aujourd'hui par les médias sur les Hommes et Femmes à hautes responsabilités ne faisant qu'accentuer ce phénomène.

On comprend alors logiquement que de trop nombreux représentants et candidats politiques soient allés et aillent encore se présenter devant le peuple sans substantifique moelle dans leur pensée,dans leurs idées et dans leurs aspirations. A partir d'un tel point nodal, l'engrenage infernal est lancé... Le Politique n'étant plus en mesure de proposer une offre idéologique, conceptuelle et intellectuelle à destination de l'ensemble de la société civile, il se voit donc réduit au rôle de récepteur de doléances et donc d'exécutant d'une volonté globale dont il ne connait ni la nature réelle ni les ambitions. Mais les choses sont encore plus graves car tous les individus n'ayant pas les mêmes possibilités ou les mêmes aptitudes à faire entendre leurs voix et leurs souhaits, un deuxième déséquilibre qui est celui de la représentativité civile apparaît postérieurement au premier déséquilibre évoqué, touchant la représentativité politique. En un mot, les plus puissants et/ou les plus influents pourront se permettre d'imposer des mesures servant leurs intérêts propres auprès d'un dirigeant devenu je le répète simple récepteur de demandes et qui par absence de pensée propre et stratégie électoraliste, sera considérablement manipulable et nullement en mesure de réagir.

A un tel stade, la démocratie ne peut plus exister car elle est confrontée à une profonde dénaturation de la volonté générale qui devient volonté de certains et dégénère alors en ce que Rousseau dans son Contrat Social qualifie d'ochlocratie. La volonté générale devient alors soit volonté d'un groupe ou volonté de tous. Ainsi donc, on voit que par l'absence de pensée propre, de vecteur d'avenir et d'offre politique conjuguée à une vision strictement à court-terme, suffisante le plus souvent en vue de satisfaire des ambitions personnelles, la représentativité et la crédibilité du politique ne cessent de baisser au cours du temps en favorisant tout naturellement la tutelle de ce même politique à divers groupes, lobbys voire institutions. La Structure actuelle de l'Union Européenne, de type fédérale, favorisant de plus un pouvoir central incarné par la Commission Européenne au détriment des pouvoirs des gouvernements respectifs des Etats-Nations membres de cette union est un exemple révélateur parmi tant d'autres de la situation que je viens de décrire. Mais au delà de cette tutelle déjà inacceptable, la perte de représentativité évoquée précédemment engendre de manière logique un mécontentement voire une colère populaire qui s'ils sont laissés à eux-mêmes, peuvent nuire de manière très grave à la cohésion de la société civile en favorisant la montée de la violence physique, idéologique et de divers ressentiments. La poussée actuelle des partis extrêmes ou les fortes tensions inter-communautaires que nous connaissons actuellement en France comme dans de nombreux autres pays d'Europe en sont révélateurs.

Il est donc urgent de réinterpréter correctement et sans a-priori ce qu'est le volontarisme politique, c'est à dire de le concevoir comme un équilibre entre la réflexion et l'action. Si la volonté doit en effet posséder la capacité intrinsèque à dépasser une certaine représentation afin d'accéder à une autre, ce ne doit pas être une simple volonté de pouvoir mais une volonté nourrie par des convictions personnelles et profondes car seules ces convictions sont en mesure de donner du sens à l'engagement politique et à la vie de la cité en général. Le Politique doit donc impérativement cesser d'être un simple récepteur. Les diverses crises existent à toutes les échelles car aujourd'hui de nombreux responsables persistent à refuser de comprendre que la société civile demande évidemment à être écoutée et respectée mais attend également de la part de ces mêmes responsables une véritable et authentique offre politique, une capacité d'engagement et de prise de responsabilités voire de risques. Les peuples ne votent pas pour tel candidat car il semble plus malléable ou plus à même d'exécuter ce qu'on lui demande de faire car ces mêmes peuples ressentent le profond et noble besoin de faire confiance, de se sentir porté, guidé, accompagné par des profils charismatiques mais surtout avec une véritable ligne directrice.

L'art du politique est donc de combiner au sein d'une savante alchimie qui n'existe dans aucun livre, aucune école ou aucun rapport son offre propre initiale avec la demande et l'aspiration sociétale afin d'en tirer une offre politique réelle qui soit en mesure de vérifier deux critères fondamentaux au sein de la République : la fidélité à ses convictions et engagements premiers et la capacité à mettre ces mêmes convictions au service de l'intérêt général. Et pour que cela soit rendu possible, il est fondamental que la liberté absolue de conscience, en tant que pilier de l'idéal républicain, puisse être assurée en tout lieu et en toutes circonstances. En effet, de nos jours, le relais médiatique constitue un passage impératif pour tout politique souhaitant présenter ses idées et convictions propres à une audience la plus large possible. Et force est de constater que toutes les problématiques, tous les sujets, toutes les thématiques, à partir du moment où elles respectent les principes universels de tolérance et d'ouverture d'esprit, ne bénéficient pas de la même écoute ou de la même crédibilité. Plus précisément, pour reprendre un lexique employé précédemment, l'existence d'un paradigme ou d'une certaine approche vis à vis d'un problème donné ne doit pas nuire à l'existence d'un paradigme ou d'une vision autre, au nom de la remise en cause et du critère même de falsifiabilité de Karl Popper.

Le conformisme est la raison essentielle à ce phénomène et doit donc être combattu avec force et partout car c'est ce combat qui permettra l'authenticité de forme et de fond du message politique rendant enfin le volontarisme efficace et vecteur de progrès !

dimanche 2 septembre 2012

Droite Américaine et Droite Française.


Comme la plupart d'entre-vous le savent probablement, la Convention Républicaine s'est réunie il y a peu à Tampa en Floride afin d'officialiser la candidature de Mitt Romney à l'élection présidentielle en Novembre prochain face au candidat sortant Barack Obama.

Le parcours de Mitt Romney fut loin d'être facile et il ne parvient d'ailleurs toujours pas à faire l'unanimité au sein du camp républicain. On lui reproche en particulier son charisme quasi inexistant qu'il a eu bien du mal à dissimuler face à son plus solide rival, l'ultra-conservateur et charismatique Rick Santorum. Mais comme on le sait, celui qui gagne aux Etats-Unis, c'est celui qui a le plus d'argent et à ce petit jeu, le suspens ne pouvait être que de courte durée... Or une certaine partie de la droite française, que l'on pourrait qualifier de «  Libérale-Conservatrice » semble de plus en plus motivée et déterminée à apporter son soutien de manière explicite à la candidature républicaine de M Romney. En apparence, cette union des droites atlantistes semble positive, mais si on dépasse la composante de la communication pour plus s'intéresser au fond des idées et des philosophies politiques ( oui, il faut aussi réfléchir en politique...), on peut véritablement s'interroger sur la pertinence d'une telle démarche. Certes, la France et les Etats-Unis ont toujours tissé des liens étroits depuis Lafayette et Benjamin Franklin et leurs constitutions respectives, bien que différentes, partagent des sources d'inspiration assez proches.

Cependant, bien que la pluralité idéologique des droites françaises soit une réalité incontestable grâce en particulier au formidable travail de René Rémond, elles considèrent toutes ( mis à part l'aile légitimiste contre-révolutionnaire) l'héritage des Lumières et de la Révolution Française comme fondamental à travers les vecteurs de progrès, de justice sociale, d'état de droit et d'humanisme. Ces droites (orléaniste et bonapartiste) considèrent la République comme le meilleur système politique ( ou le moins pire ) basé sur l'idée que la quête de l'intérêt général doit demeurer la priorité absolue. Cette aspiration de la quête de l'intérêt général est en théorie partagé par les républicains américains. Cependant, cette théorie, une fois de plus, est assez vite contrariée par un ensemble de faits. En effet, la droite américaine, surtout depuis qu'elle est influencée par le Tea Party, devient de plus en plus libertarienne et aimerait mettre le pouvoir central de Washington au placard et laisser chaque état faire sa cuisine librement de son côté sans aucune contrainte( ce qui est déjà en partie le cas).

D'autre part, son libéralisme sans aucune limite l'empêche de véritablement développer une politique de justice sociale permettant même aux plus humbles d'avoir accès à la dignité et aux soins. Enfin, n'oublions pas que le conservatisme religieux joue un rôle fondamental outre-atlantique ce qui a pour conséquence majeure une méfiance voire défiance naturelle envers la Science. L'exemple de la propagation de la pensée Créationniste étant un exemple parmis tant d'autres. Or, du côté français, la droite républicaine s'efforce avec plus ou moins de succès de parvenir à un équilibre consistant en un état fort détenteur des fonctions régaliennes mais où l'initiative et la liberté d'entreprendre sont plus que tout encouragées. Bien évidemment, cet idéal est fragile et loin d'être atteint pour de multiples raisons qui ne font pas l'objet de cet article. Enfin, bien qu'il existe une certaine échelle des conservatismes en France, nul ne remet plus en question le Darwinisme et la Science parvient de plus en plus à se faire entendre à un tel point qu'on en arrive même à l'autre extrême, un propos devenant immédiatement crédible et vrai pour le simple fait qu'on invoque une quelconque «  approbation scientifique » jusque dans la publicité...

Pour toutes ces raisons évoquées précédemment, il ne me semble pas judicieux de la part de la droite républicaine française, même de son aile la plus libérale, d'apporter son soutien officiel à Mitt Romney. Elle y perdrait peut-être une part d'elle-même, une part de son humanisme voire de son universalisme, mais en constatant la nature des débats idéologiques actuels, peut-être est-ce déjà trop tard...

lundi 2 avril 2012

De l'Education en France.

La France, entendons-nous souvent dire, est le pays possédant le meilleur système éducatif au monde. En dépit du fait que cette proposition semble à première vue peu crédible étant donné qu'entre Juin et Septembre 2011, pas moins de 223 000 jeunes sont sortis du système éducatif sans diplômes ( sources ministérielles), si l'on souhaitait accorder une quelconque crédibilité à cette maxime, encore faudrait-il savoir sur quels objectifs nous nous projetons pour l'affirmer !

Et c'est très précisemment la réponse à cette question qui permet de juger de l'étendue du marasme français en matière d'enseignement car le but principal cherché n'est plus du tout de former des hommes et des femmes libres, de favoriser leur indépendance, de leur communiquer la notion fondamentale de citoyenneté ou encore de développer leur esprit critique. Bien au contraire, l'Ecole au sens large a pour mission actuelle de formater nos enfants dès le plus jeune âge en vue de leur inculquer des repères et des mentalités qui leur feront voir dans quelques années les conséquences les plus insupportables du Mondialisme comme des banalités, des constats normaux que les diverses sociétés humaines ont pour tâche d'accepter ! Cet élan général, s'il perdure de manière durable, aura pour irrémédiable conséquences une disparition de la Culture Générale et des «  Humanités », un mépris ( déjà existant) envers toutes les formations à caractère dit «  fondamental » au profit des formations à caractère dit «  appliqué », une uniformisation dramatique des mentalités et des visions du monde qui facilitera la progression de l'idéologie mondialiste et peut-être même, une disparition à terme des Grands organismes de recherche publics ( CNRS, CEA, INRIA...). C'est pour éviter de telles perspectives que je propose cette planche que j'axerai sur trois axes : Ecole primaire, Enseignement Secondaire et Enseignement supérieur. Au sein de chaque axe, je dresserai un court état des lieux en insistant sur ce qui à mes yeux est le plus problématique avant de proposer des grandes lignes de réforme, à caractère général ce papier n'ayant pas vocation à être un rapport exhaustif.

  1. L'école Primaire. L'école primaire est en principe un noyau dur de l'enseignement obligatoire. On y apprend à maitriser la lecture, l'écriture et le calcul. En plus de cela, l'enfant doit être éveillé aux concepts de respect d'autrui ( instituteur et camarades de classe), de citoyenneté et de civisme. Il doit prendre conscience qu'il évolue certes dans le temps et dans l'espace, mais plus particulièrement au sein d'une communauté d'individus tous différents, tous avec leurs richesses et leurs défauts propres. Il est fondamental de lui expliquer que cette communauté d'individus, si elle souhaite pouvoir interagir avec harmonie, implique des règles, des droits et des devoirs. L'approche libertarienne actuelle développée dès les premières classes doit être combattue avec énergie au sein de l'école de la république car elle ne peut former que des enfants et donc des futurs adultes individualistes qui n'aspireront sans cesse qu'à s'émanciper des règles de vie commune et à détourner la recherche de l'intérêt commun en obsession de la satisfaction individuelle. Pourtant, notre pays de France jouit d'un merveilleux moyen pour lutter contre ce phénomène, sa devise ! «  Liberté, Egalité, Fraternité ». Voilà le sens véritable qu'il est nécessaire d'inculquer à nos enfants à cette période du cycle scolaire, à savoir, l'épanouissement individuel et la reconnaissance de l'épanouissement d'autrui sublimés tous deux par le sentiment d'appartenance commun à la République. Tout est dans cette belle devise, si ce n'est peut-être le mot laïcité qu'il faudra un jour ajouter à cette époque d'émergence des communautarismes religieux. Ne retenons que l'égalité et nous sombrerons dans le communisme le plus ravageur, ne retenons que la liberté et le néo-libéralisme actuel aura vaincu ! Cet équilibre est fondamental et il est nécessaire d'insister dessus durant les premières années car rappellons-nous que nous ne sommes pas là pour former uniquement des têtes bien pleines, mais surtout des futurs citoyens à la tête bien faite !
Le second sujet fondamental à mes yeux n'est autre que la langue française ! Il faut donner durant les premières années le goût de notre belle langue française, constituant fondamental de la culture et de la Nation, que cette dernière soit pensée par Renan ou par Fichte ! De la poésie, du théâtre, du roman qu'importe mais qu'ils lisent et lisent encore et faisons en sorte pour ce faire que les derniers bastions de la méthode globale tombent ! A quoi bon imposer des heures et des heures d'anglais ou d'allemand à des petits français qui ont des lacunes dans leur langue maternelle ? Faisons les choses avec méthode et logique, qu'ils maîtrisent leur langue ( nous ne leur demandons pas de maîtriser le plus que parfait du subjonctif en CE2...) avant de s'intéresser de la manière la plus naturelle qui soit aux langues étrangères. Aujourd'hui, 40 % des élèves sortent de l'école primaire avec des bases trop fragiles en lecture, écriture et calcul et environ 15% sont illetrés !! Est-ce concevable en France en 2012 ? Nous devons donc définir dans un premier temps un socle commun de connaissances qu'il sera fondamental de posséder pour pouvoir entrer en 6ème. Les constituants de ce socle commun sont à définir avec précision mais il est évident que la parfaite connaissance des temps de l'indicatif, de la grammaire, de la syntaxe et des 4 opérations élémentaires en font partie.

  1. Enseignement secondaire.

Certains nous parlent de la fin du collège unique, c'est une absurdité ! Il est nécessaire que tout jeune puisse bénéficier d'une scolarité générale de la classe de 6ème à la classe de 3ème où il pourra ressentir en lui son goût ou non pour les études. Les quatre années du collège sont importantes car en dépit du fait que les connaissances enseignées soient encore d'un niveau relativement modeste, elles permettent de stimuler l'enfant, de le confronter plus volontairement à la pluridisciplinarité et faire germer en son esprit des projets pour l'avenir, que ces projets aient été stimulés plutôt par une matière ou plutôt par un enseignant dont le charisme a été marquant pour lui. Bien évidemment, la priorité doit aller une fois de plus aux Mathématiques et au Français où l'élève aura la possibilité tout au long de ces quatre années d'approfondir ses connaissances et de développer ses capacités de raisonnement. C'est à cette période que les grands classiques doivent être données à lire en fonction de l'âge pour développer l'esthétique, le sens des valeurs, le goût de l'engagement, la sensibilité, l'amour de la connaissance et du voyage... Pensons aux «  Trois Mousquetaires », au «  Grand Meaulnes », aux oeuvres de Jules Verne, de Maupassant, de Lovecraft, au «  Conte du Graal » ou encore à Molière et Victor Hugo ! Le programme d'histoire est également fondamental car à la fin de la 3ème, un élève doit impérativement avoir abordé sérieusement la Grèce de Péricles, le Moyen-âge, la Renaissance et toute l'Histoire de France de la chute de l'Ancien Régime au début du 3ème millénaire. La période Révolution Française-Consulat-Empire(s) jusqu'à la défaite de Sedan est un passage clef de notre Histoire car elle explique et détaille l'émergence des fondements de l'Etat moderne tout en réalisant un panorama unique de l'échantillon politique français qui permettra aux futurs adultes n'ayant pas lu René Rémond d'éviter les confusions hasardeuses entre Bonapartisme, Orléanisme et Légitimisme … Un examen tel le brevet doit être maintenu dans l'esprit à la fin du collège si le niveau est relevé car actuellement, le brevet des collèges ne sert à rien si ce n'est à préparer psychologiquement à la tenue d'examens postérieurement.
C'est selon moi à la fin du collège que la première sélection doit se faire, et une sélection fondamentale car à quoi bon envoyer des jeunes dans le cursus d'un lycée général si ils savent déjà que les études ne leur conviennent pas ? Qu'ils aspirent à une existence moins académique, moins codifiée et préfèrent se consacrer à l'âge de 16 ans à l'apprentissage d'un métier ? C'est pour cette raison qu'il est fondamental de relancer l'apprentissage dans notre pays qui permettra à de nombreux jeunes de se sentir épanouis en acquérant tôt une qualification professionnelle en entreprise, en CFA ou dans le secteur public. Dans le même esprit, les baccalauréats technologiques et professionnels doivent être soutenus et débarassés de la connotation négative qu'ils portent parfois de manière totalement injustifiée car la France a besoin de tous les profils pour être riche et pas seulement du «  Philosophe-Roi » tant loué par Platon. En 2010, la proportion de bacheliers sur une génération était de près de 66% , un tel chiffre est-il vraiment utile ? Voulons-nous faire du quantitatif à tout pris pour être fiers devant les chiffres de l'INSEE ou voulons-nous assurer à chaque enfant épanouissement et place dans la société en fonction de sa personnalité et de ses aptitudes propres ? Pour cela, aussi faudrait-il ne pas faire dès le plus jeune âge de la propagande pour certaines professions ayant pour conséquences que certains élèves n'étudient pas pour l'acquisition d'un esprit critique et épanoui mais uniquement pour l'acquisition d'un statut et d'une reconnaissance sociale et pourquoi ? Car la « valeur » actuelle d'un métier n'est pas jugée sur son intérêt, son apport à la communauté ou sa démarche philosophique mais uniquement sur sa rémunération, c'est le message qui est d'ailleurs rabaché en boucles à l'occasion de ces foires qu'on appelle «  Salon de l'Education » dont le dernier a eu lieu tout récemment Porte de Versailles et devinons ensemble quel stand a profité d'une publicité intense sur diverses chaînes d'informations françaises ? Une école d'ingénieurs de conceptions de jeux vidéos... Où le mot sacré «  ingénieur » devenu le plus formidable mot-valise du 21ème siècle suffit à donner toute légitimité à une formation !

Mais revenons-en donc aux contenus des programmes du Lycée et à ce fameux baccalauréat ! Les réformes récentes ont pour vocation de supprimer par exemple une grande partie du programme d'histoire en filière scientifique... Comment prétendre alors que la filière S serait une quelconque «  voie royale » si on n'y forme que des gens en mathématiques sans leur inculquer un niveau de connaissance minimum pour qu'ils puissent se repérer dans le contexte international actuel et méditer le passé pour construire l'avenir ? Il ne faut pas sombrer trop tôt aux chants des sirènes de l'hyperspécialisation actuelle qui voudrait que les jeunes de 18 ans se consacrent déjà à un seul domaine très restreint de compétences munis de belles oeillères leur faisant voir le monde non pas tel qu'il est mais à travers un prisme socio-professionnel déformant et très subjectif. Pour ce faire, oui, la filière S doit avoir un programme de mathématiques et de physique solide ( revenir aux programmes de la filière C et E) car les programmes actuels sont clairement insuffisants et la réforme du Lycée n'a fait qu'agraver ce phénomène. Mais en même temps, il est nécessaire qu'il y ait des cours de bon niveau en Histoire, en Lettres, en Philosophie car ce sont des Honnêtes Hommes que nous voulons former à ce stade et pas des petits pions orientés avec préméditation à une place très particulière dans la société. Bien évidemment, les filières sont là pour poser des priorités, mais je le répète, des PRIORITES, mais pas des suppressions pures et simples de disciplines ! Ainsi, un élève en S devra donc avoir un programme d'Histoire cohérent et accentué sur la période 1940-20.. car il est nécessaire qu'il soit informé de manière objective sur la marche du Monde. De même, un élève en filière littéraire devra suivre un cours de mathématiques obligatoire pas forcèment des plus théoriques mais en lien avec des applications pratiques et sociétales ( théorie des probabilités, Statistiques appliquées …). Enfin, de manière globale, les cours de philosophie doivent être instaurés avant la classe de Terminale dans toutes les filières et les langues anciennes fortement encouragées car elles constituent une véritable démarche intellectuelle et un excellent entraînement au raisonnement via la gymnastique des déclinaisons, comme en Allemand d'ailleurs ! L'organisation d'un examen comme le baccalauréat avec les réformes qui seront nécessaires ( plus d'oral et d'évaluation de la capacité de démonstration et de persuasion devant un jury) est en soi un sujet nécessitant un rapport entier, je ne le détaille donc pas ici ne souhaitant indiquer que des grandes lignes. Rappellons cependant qu'à l'heure actuelle, un élève de filière S sans options aura un oral de Français et une soutenance de TPE mais aucun examen oral au tableau devant jury en mathématiques ou en physique. C'est un constat très négatif car l'art oratoire n'est pas uniquement du domaine du droit et de la persuasion, je peux vous assurer qu'un Physicien qui souhaite donner de l'impulsion à une de ses publications se doit d'aller l'argumenter devant une réunion formelle ou non constituée par ses pairs s'il souhaite véritablement que la publication accéde à la postérité !

  1. Enseignement Supérieur.

L'enseignement supérieur, c'est avant tout l'épanouissement de l'esprit critique, des temps de réflexion prolongés , des introspections nécessaires et la remise en cause des préjugés. C'est le temps également des choix, des aspirations professionnelles, de la vie active qui commence à se faire voir et ressentir. L'enseignement Supérieur, c'est le goût et l'amour de la liberté par le savoir et la connaissance. Certains ne s'en lasseront jamais et voudront se consacrer à la pure théorie parfois très spéculative, d'autres souhaiteront appliquer leurs connaissances dans des domaines plus proches de la vie de tous les jours, ressentant le désir profond d'améliorer la société. Tous méritent encore une fois l'épanouissement car l'enseignement supérieur, ( et la société civile également), c'est la richesse par la diversité. Ainsi, les Ecoles d'ingénieur, de Commerce, les Universités, les IUT … ont tous leur place car ils fournissent à la société des profils divers aux compétences variées et complémentaires. Mais c'est un équilibre très fragile qu'il faut préserver absolument ! Le système des classes préparatoires aux Grandes Ecoles est une thématique très particulière dans notre pays tout d'abord car elles n'existent véritablement qu'en France. Mais surtout car à la base, de concept pédagogique et très scolaire destiné à préparer au mieux un certain nombre de futurs actifs en leur donnant des outils méthodologiques ( ce qui est tout à fait justifié), elles ont dérivé lentement dans l'opinion commune comme finalité, au point que nombre d'élèves de ces classes préparatoires se soucient bien peu de l'école qu'ils seront en mesure d'intégrer à partir du moment où ils sont passés par la case «  Classe Prépa ». C'est ce début de raisonnement qui à terme lie inextricablement la profession non pas à une passion ou à un engagement mais uniquement à un revenu ! Ce phénomène de classe préparatoire avec une sélection à l'entrée s'est développé en parallèle avec un autre préjugé fort répandu, celui qui consiste à percevoir l'Université française comme un ventre mou laxiste ! Il serait long d'expliquer pourquoi de telles opinions se sont enracinées depuis maintenant plusieurs années. Mais il faut faire en sorte que les lycéens ne soient pas victime d'un discours déformant mais d'un discours juste ! La voie royale absolue n'a pas de sens car la voie royale, c'est celle de son bonheur intellectuel propre ! Les Ecoles de Commerce et d'Ingénieur ont vocation à former des individus spécialisés dans un ou des domaine(s) particuliers en vue d'utilisation et d'applications industrielle ou autre. Les Universités, quant à elles, ont majoritairement vocation à former des chercheurs.
Chercheurs et Ingénieurs sont complémentaires car ils n'interviennent pas au même niveau de la chaîne du savoir et il est donc absurde de vouloir confronter des profils et des démarches intellectuelles qui ne sont pas comparables. Ils peuvent s'enrichir les uns et les autres et par conséquent, les rapprochements déjà existants entre Ecoles et Université doivent être intensifiés via principalement l'instauration de passerelles et de double-diplômes. De même, alors que nous avons en France des Institutions remarquables ( Ecole Normale Supérieure, IHES...), ils n'ont pas la place qu'ils méritent dans le si controversé Classement de Shangai car nos pôles universitaires sont simplement quantitativement trop petits. Il est donc impératif de favoriser les regroupements Universitaires ( tel Paris-Cité par exemple) en vue de créer des structures à échelle internationale qui n'auront aucune peine compte tenu de l'excellence de nos chercheurs à concurrencer les soi-disantes exceptions anglo-saxonnes. Enfin, une partie des programmes de 1ème année ( je pense en particulier aux Mathématiques et à la Physique) doit être impérativement renouvelée en translatant une partie de ses contenus à la classe de terminale. En effet, l'écart important qui existe actuellement entre la Terminale et la 1ère année de Licence est en partie responsable des taux d'échecs importants. Pour résoudre ce problème, il suffit de favoriser la continuité du contenu et des enseignements afin que les élèves aient le sentiment quand ils arrivent en cours de 1ère année qu'ils approfondissent dans un premier temps les cours de l'année précédente sans découvrir un tout autre monde, ce sentiment psychologique de contuinité favorisera la confiance de l'élève et ne pourra que l'aider à réussir. Un simple exemple, dans les années 80, tout élève de terminale C maîtrisait la notion d'espace vectoriel fondamental autant en Mathématiques qu'en Physique. Aujourd'hui, il faut attendre la classe de Mathématiques Supérieures ou la 1ère année de licence pour qu'elle soit simplement évoquée... Et les exemples de ce genre sont nombreux !
J'espère qu'à travers ces premières pistes, réflexions et constats, une large interrogation s'ouvrira pour permettre à la France de s'émanciper du «  savoir pratique » et de se réconcilier définitivement avec la connaissance comme levier d'émancipation et construction de l'individu. Elle le mérite bien !
«  Si la connaissance peut créer des problèmes, ce n'est pas par l'ignorance que nous pourrons les résoudre » Isaac Asimov

jeudi 1 mars 2012

Quelle place pour les services publics en 2012 ?

Préambule
A notre époque le mondialisme exprime une volonté délibérée d'uniformisation des cultures par un alignement idéologique sur la financiarisation de l’ activité économique et ce au mépris des droits des peuples à disposer d'eux-mêmes .
Le corolaire de ces nouveaux dogmes est le dessaisissement de l’ Etat de son rôle régalien qualifié de notion obsolète. En effet la propagande ultra-libérale se fait le relais de la stigmatisation des services publics qualifiés d’ archaïques, alors que je fais mienne une conception de l’ Etat républicain comme garant de la continuité des services publics de qualité assurant l’ Egalité réelle entre tous les citoyens de la Nation .

Pour commencer à poser ce problème quelques chiffres qui ne concernent que la France. Les économistes évaluent à 91,5 milliards le déficit public et à près de 1800 milliards la dette publique, sans parler évidemment d'une balance commerciale fortement déficitaire. Dans ces conditions, si l'on tient compte des engagements des états européens de ramener à l'horizon 2013-2014 le déficit public à 3% du PIB, une politique d'austérité , avec comme composante un certain sacrifice du service public ( au nom de la crédibilité internationale et financière de la France )semble nécessaire voire indispensable. C'est le discours actuel officiel des gouvernements, du moins des pays qui s’arrogent la direction du conseil européen , de la commission de Bruxelles et du F.M.I , qui forment un nouveau triumvirat ( la « Troika »)chargé de la politique européenne en coordination avec les Banques dont certaines ont largement induit, et profité , de la crise financière actuelle ).

Je conçois la République comme l’expression d’un Etat maître incontestable des fonctions régaliennes nécessaires à l'équilibre national dont la solidarité .

Selon mes idéaux la triade Liberté ,Egalité ,Fraternité ne se décline pas dans une hiérarchie de ces valeurs .Les deux concepts de Liberté et d’Egalité ne sont pas antagonistes mais doivent s’unir par un moyen terme humaniste : la Fraternité.

L'une des expressions opératives de l’Egalité directement liées aux droits inaliénables de l'Individu, est l’ accès à des services publics de qualité ,je pense en particulier au droit au travail , au logement, aux soins de qualité , à l'éducation publique ...

Ainsi chaque citoyen possède un certain nombre de devoirs, car il appartient à une communauté dont les règles de vie doivent être établies sans ambiguïté pour éviter le chaos .Mais il bénéficie également de droits fondamentaux , dont une partie importante , qui rend réelle la citoyenneté effective, doit être assurée par les Services Publics qui constituent alors le vecteur fondamental de la perpétuation et de la cohésion de la communauté nationale. Si nous souhaitons que les citoyens en aval, fassent profiter leur Nation de leurs compétences diverses, il faut bien les y former en amont de manière juste .La République donc l’ Etat doit leur assurer la sécurité et une existence digne de leur qualité de citoyen ,égaux certes face à la Loi mais aussi non soumis à une disparité inacceptable de fortune , surtout si celle-ci est acquise par héritage ou des moyens illégaux ou injustes .

Une destruction programmée des services publics serait inévitablement suivie de la prééminence des services privés et alternatifs dont la finalité est ouvertement de faire du profit et dont l’accès sélectif à ces services se fait au plus offrant ,c’est-à-dire aux plus fortunés .La généralisation de cette privatisation deviendrait à terme totalement contradictoire avec les concepts de méritocratie, de Liberté et d'Egalité. Nous en constatons dès maintenant les prémices par la constante augmentation des inégalités dans mains secteurs de l’activité .

Rappelons avant de poursuivre quelques notions fondamentales sur l’Histoire des services publics à travers les lois dites de Rolland (principes réglementaires qui nous ont été donnés par le professeur Louis Rolland à partir de 1934). Ces Lois peuvent se résumer en trois grands principes :
Le principe de continuité : repose sur l’idée que la prise en charge d’un besoin impérieux par le service public lui donne sa légitimité ; il est dès lors inconcevable que le service fonctionne par à-coup et connaisse des interruptions brutales.
Le principe d’égalité : exige que tous les citoyens qui entrent en contact avec le service public soient placés dans une position égale (extension de la Déclaration de 1789).
Le principe de mutabilité: implique que les prestations fournies au public soient toujours adaptées à ses besoins ; si les circonstances changent ou si les usagers présentent de nouvelles exigences, les services publics doivent s’adapter (ils sont soumis à la loi du «progrès », leurs prestations doivent sans cesse augmenter en qualité et en quantité).

S‘y ajoutent, depuis peu, les principes de transparence et de concertation. Ces nouveaux principes sont issus d’une part de la volonté de briser la corruption qui parasitait de nombreux secteurs, et d’autre part de la prise en compte de la démocratie locale (associations, collectivités territoriales…). Les nationalisations mettront fin aux coûts prohibitifs des prestations assurées par des entreprises en situation de position dominante.

Enfin, le principe de participation (souvent appelé « démocratisation du service public ») qui, bien que figurant au rang des acquis de la Résistance (tripartisme), ne fut que trop rarement appliqué et qui ressurgit aujourd’hui sous la forme de conseils consultatifs (CCSPL, Comités d’usagers d’une ligne TER, Observatoires des services publics de l’électricité, etc…..).

Nous constatons alors que ces principes sont des vecteurs essentiels du concept d’intérêt-général qui est un fil conducteur de notre problématique et du concept républicain lui-même. Ils furent d’ailleurs pris comme piliers du programme du Conseil National de la Résistance dès 1944. Cependant, ils n’apparaissent nullement au sein de la constitution de 1958 dont je rappele ci-après l’article 1 :
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.

Cette constitution se révèle être assez floue sur la notion d’intérêt général. Ce constat ne serait-il pas le nœud Gordien des difficultés évoquées précédemment ?

Ces mêmes difficultés se sont fortement accrues avec l'émergence idéologique de la pensée commerciale mondialiste où le qualitatif est devenu obsolète face au quantitatif et où la pensée marchande, dans sa volonté et sa recherche sans fin du profit au détriment de la qualité, a détruit l'idée initiale de libéralisme ( bonne en elle-même car en adéquation avec le principe d'émancipation de l'Individu ) pour y substituer un leitmotiv de la concurrence universelle où cette dernière, qui avait initialement pour but de favoriser l’émulation (en elle-même facteur de progrès par l’innovation qu’elle favorise ), est devenue une arme destructrice de l'idée même de service public, c'est à dire dans le fond, de service à but non lucratif mais humaniste.

Car cette concurrence est faussée ! Tirant profit de prix compétitifs à coup de non-respect de lois sociales élémentaires, de bas salaires, de dumping économique ( fausse vraies subventions étatiques) ,dissimulation de profits pour échapper à l’impôt etc.

Il est également nécessaire et fondamental d'ajouter que l’actuel démantèlement programmé des services publics n’est, en fin de compte, qu’une étape dans la révolution néolibérale. Il est évident qu’il ne s’agit pas là de la fin d’un long processus. La deuxième étape, après l’anéantissement des services publics, consistera vraisemblablement à mettre fin intégralement à l’existence de la puissance publique des Etats ( il a été question au XIXème siècle du dépérissement de l’ Etat dans un tout autre contexte !).

Au bout du compte, le droit privé devrait ici retrouver une plénitude de ses acquis par l'intermédiaire de l'établissement de la contrainte du contrat individualisé et généralisé. Là est en réalité la vraie finalité du néolibéralisme, c’est-à-dire la fin programmée d’une démocratie dont on a soustrait ses droits collectifs. Un indéniable retour aux sources d’un libéralisme qui a précédé le long cheminement d’un Etat ayant puisé historiquement ses fondements dans la nation.

A ce phénomène, nous pouvons et nous devons y opposer une réponse politique. En guise d'illustration, le Discours d'Ernest Renan « Qu'est-ce qu'une Nation » constitue une formidable référence , car ce discours, qualifiant la Nation d'âme permet de comprendre avec intelligence et loin de tout fanatisme que le seul cadre géopolitique véritablement viable est celui de l'Etat-Nation dans ce qu'il a de plus universel, par le désir de vivre ensemble , la valorisation de la solidarité , de la recherche de la justice sociale , de l’émulation , du bonheur ( à contrario du modèle Allemand de l'Etat-Nation plutôt défendu par Fichte.)

mercredi 18 janvier 2012

Un nouvel Ordre Mondial... Oui, mais lequel ?



Depuis à présent plusieurs années, la thématique du nouvel ordre mondial est devenue un archétype idéologique au sein de nombreux débats politiques et sociaux, dépassant assez aisément le clivage politicien droite-gauche, mettant d'accord une part non négligeable des élites politiques contemporaines, à un tel point que les opposants à cette idée sont souvent assimilés comme sympathisants extrémistes de droite comme de gauche, indiquant déjà la qualité de la liberté d'expression... La société actuelle, perçue par la plupart plus
comme source de marasme qu'autre chose, laisserait penser que ce nouvel ordre mettrait tout le monde d'accord dans le principe car représentant un changement radical de notre
société. Certes, mais vers quelle société souhaitons-nous évoluer ?

Qui n'a jamais entendu la maxime " Les problèmes de l'humanité doivent être résolus par l'humanité toute entière " ? Cette affirmation, justifiant la construction et l'établissement de blocs politiques tels que l'Union Européenne bien sûr, mais également l'Alena, le Mercosur ou encore, l'hypothétique Union Méditerranéenne. Cependant, ces unions ont-elles pour but de régler les problèmes à l'échelle planétaire tels que l'analphabétisation, le non accès à l'eau potable, la progression du vih ... ? Rappelons seulement que notre Union Européenne a pour ancêtre la communauté économique du charbon et de l'acier, que l'Alena ne désigne rien d'autre que l' " Accord de libre échange nord-américain " et qu'enfin, le Mercosur fut fondé en 1991 dans l'unique but de favoriser la libre circulation des biens et des facteurs de production dans une large partie de l'Amérique du sud. Autrement dit, par ces sous-entendus que j'espère percutants, je souhaite faire comprendre que ces unions n'ont d'intérêts que commerciaux et financiers. Comprenez bien, quand on se connait parfaitement, on a nettement plus tendance à se faire confiance pour toutes sortes de transactions. Certes, me direz-vous, de telles zones de libre échange ont aussi des impacts positifs : elles permettent d'équilibrer la balance du commerce extérieur, de renforcer la diplomatie, d'ouvrir vers l'autre, de créer de la croissance... Je suis absolument d'accord avec vous ! L'industrie d'un pays doit vivre, produire et bien évidemment vendre, acquérir une réputation et engendrer une dynamique. Cette dynamique peut très bien exister à l'échelle nationale, mais avec l'établissement de solides partenariats internationaux , la dite industrie pourra prospérer plus facilement.

Cependant, l'existence de ces partenariats n'est pas un problème en soi, le problème, c'est de se demander si ils constituent des finalités. Et là, le véritable problème se pose. Pour les raisons ( non exhaustives) qui viennent d'être énoncées précédemment, nous tendons de plus en plus vers la globalisation. Mais s'est-on déjà interrogé sur les conséquences que cela pourrait avoir ? Que fait-on de la marchandisation systématique qui s'en suivra des biens et des personnes ? Ne parlons-nous pas déjà au sein du monde de l'entreprise de "
Ressources Humaines " ? Si le système actuel d'internationalisme financier se poursuit et même s'intensifie, les êtres humains, le savoir, les connaissances, l'eau potable deviendront par exemple de purs produits marchands et la notion pourtant si symbolique de " Patrimoine commun de L'Humanité " disparaîtra. Déjà, actuellement, les élèves français comme ceux d'autres pays se voient comme des clients qui pourraient faire leur marché au sein des offres de cours proposées, aspirations auxquelles répondent favorablement les
gouvernements dont le nôtre qui impose une réforme du Lycée ( en attendant celle du collège) " à la carte". Pourra-t-on encore longtemps poursuivre dans cette logique de la marchandisation systématique au sein d'un espace géographique devenu très flou où l'échelle locale est maintenue en vie artificiellement à l'aide d'une législation bureaucratique obscure mais où en réalité le concept d'Etat-Nation, si cher à Ernest Renan, et seul cadre viable pour une politique efficace et humaniste, est chaque jour bafoué, méprisé et écrasé face à une dynamique du " toujours plus grand", " toujours plus étendu " favorisant les nominations technocratiques évitant le filtre du suffrage universel ? Où sont les intérêts des peuples ? Où est le respect de la démocratie, de la république et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ? Ce nouvel ordre mondial se voudrait universaliste avec ses mots-valises de " Citoyen du Monde" ou de " Monde-Village", mais il confond universalisme et impérialisme idéologique ! Il semblait logique il y a encore plusieurs décennies que
certaines valeurs, certains patrimoines ne pourraient jamais être abaissés au niveau de la pensée marchande, de l'évaluation monétaire et quantitative. Aujourd'hui, ces aspirations semblent bien naïves et on se demande ce qui pourrait résister à cet état d'esprit.

Si nous laissons les valeurs, les us, les coutumes et les cultures respectives de tous les états du monde être brassées sans état-d'âme en un magma dénaturé, uniformisé et médiocre à échelle planétaire, nous pourrons dire adieu à notre statut de citoyen responsable pour devenir de serviles consommateurs et victimes d'un système dont le but réel n'est autre que l'aliénation. Mais il n'est pas encore trop tard pour inverser cet élan, nous aurons simplement besoin de courage, de volonté et d'une certaine idée de l'Homme !

mardi 10 janvier 2012

Bonheur et Souffrance en mathématiques.

La dualité souffrance-bonheur fut depuis les débuts de la philosophie une thématique riche aux multiples horizons. Il est souvent considéré comme évident voire comme tautologique de définir le bonheur comme l'absence totale de souffrances. Le but de cet essai sera alors de se demander si au lieu d'un rapport d'opposition, de négation logique, il ne serait pas plutôt question de conséquences, d'étapes d'un même cheminement que l'on pourrait presque qualifier d'initiatique, et ce dans le domaine particulier des mathématiques.

En effet, avant même de s'interroger sur les places respectives du bonheur et de la souffrance dans la vie du mathématicien, est-on en mesure de définir avec une grande rigueur ce que sont les mathématiques ? Création de l'esprit humain pour certains, vérité transcendante pour d'autres, il n'est pas encore permis de lever l'ambiguïté suivante sur le statut du mathématicien, découvreur ou créateur ? L'ouvrage intitulé «  Matière à penser » illustre à la perfection cette interrogation centrale. Dans ce livre, le neurologue Jean-Pierre Changeux et le mathématicien Alain Connes s'opposent courtoisement sur leur vision des mathématiques. Alors qu'Alain Connes défend une position purement platonicienne, Jean-Pierre Changeux se range le long d'une approche bien plus pragmatique. Pour ma part, l'approche platonicienne est celle qui donne du sens, de la transcendance à la discipline mathématique. Tout mathématicien, simple étudiant ou Médaille Fields, s'est senti un jour écrasé sous le poids d'une démonstration ou d'une équation. Mais quelle est l'origine réelle de ce sentiment ? Se sent-on écrasé par la lourdeur d'un formalisme qui nous dépasse ? Mais qui est l'auteur de ce formalisme ? Nous mêmes ! L'être humain ne peut que très difficilement se sentir dépassé de manière universelle par sa propre création, du moins, à long terme. En effet, si le genre humain se devait d'être universellement dépassé par un pur fruit de son esprit, cela signifierait tout simplement qu'il est en déclin, en régression générale et voué à disparaître. Or, bien que le genre humain au niveau global soit en fort déclin, il ne l'est pas pour cette raison, mais pour une multitude d'autres qui n'ont pas leur place dans cet essai. Ainsi, si le mathématicien se sent parfois si extérieur à ce qu'il voit sur le tableau , c'est qu'une barrière s'est dressée entre le formalisme et le sens ou devrais-je dire la syntaxe et le sens ! Ainsi, si il est aisément pensable que le formalisme mathématique soit une création de l'Homme, ce que ce formalisme décrit réellement n'en est probablement pas une. Nous ne sommes en mesure actuellement que de décrire des phénomènes, c'est à dire, des représentations particulières de la chose en soi, représentations elles-mêmes adaptées à notre psychologique propre. Le problème pourrait s'arrêter alors sur ce constat amère et oh combien douloureux pour l'Homme, animal politique et donc profondément orgueilleux...

Mais contrairement à l'approche Kantienne, il me semble que la volonté et la soif d'absolu ne soient pas uniquement du domaine de l'utopie ou du clérical... Et là arrive la douleur, douleur de l'Homme, du mathématicien qui veut percer le réel secret et les réelles potentialités de sa discipline. Il est regrettable que tant de personnes abhorrent les mathématiques pour des raisons de formalisme jugé obscur et impénétrable car le formalisme est une étape nécessaire mais ne constitue aucunement un aboutissement. Il est représentatif de l'effort, de la douleur, de la souffrance, de la perte d'espoir qui traverseront nombre de fois les cœurs des plus passionnées, des plus avides de connaissance et de sens ! L'aventure mathématique est un chemin initiatique où l'on apprend à se connaître soi-même avant de connaître l'autre. Il ne peut y avoir de bonheur mathématique sans souffrance préalable. Et les souffrances sont nombreuses... Panne sèche d'inspiration devant un exercice, angoisse devant un nouveau chapitre, un nouveau concept ou même parfois, un nouvel espace localement convexe ou pas ! Mais aussi, incompréhension totale devant un cours jugé obscur qui nous fait regarder le tableau noir avec la même lueur de désespoir que celle du condamné face à son bourreau.

Mais oh combien les bonheurs consécutifs sont intenses, et chaque fois, révélateurs de notre admiration pour une science qui ne cesse de nous étonner, de nous impressionner et de nous remettre à notre place, notre véritable place ! Et une fois que ces petits bonheurs et ces petites souffrances ont forgé notre caractère et même notre âme, une ultime vocation intellectuelle s'éveille en nous , la chose en soi, le fond de la connaissance, l'être de l'étant selon les écoles. Et alors, le mathématicien se sent prêt à affronter toutes les souffrances de l'esprit voire même du corps qui sont envisageables car au bout de ce cheminement, de ces pérégrinations intellectuelles qui s'avèreront nombreuses et pour beaucoup infructueuses, se cache peut-être le sens même de cette discipline, un sens tel qu'à ce niveau, le mot même de discipline n'a plus de signification. La discipline est un chemin, le sens est une destination. Peut-être et même probablement, le sens, l'être de la chose en soi demeurera toujours caché au mathématicien comme au philosophe, mais en y réfléchissant bien, le fait de pouvoir approcher asymptotiquement ce Graal sans jamais le toucher, et donc permettre à l'homme éternellement de demeurer perfectible sans sombrer dans une destructive perfection, n'est-ce pas cela le véritable Bonheur ?

vendredi 30 décembre 2011

dimanche 25 décembre 2011

Vidéo sur la dette publique.

Voici une courte vidéo très bien faite sur une thématique d'actualité ! Comme vous  pourrez le constater, nous avons encore beaucoup de travail...

jeudi 8 décembre 2011

Perspectives Européennes.

En pleine période de marasme européen, où les chefs d'état donnent l'impression de ne plus avoir aucun pouvoir mais uniquement le devoir de s'aligner fidèlement sur les directives des agences de notation, il serait temps de faire un point !
Oui, c'est un fait malheureux, mais en 2011, des agences dites de " notation "  se permettent de considérer les nations européennes comme une vieille famille endettée jusqu'au cou et dont on parcoure les pièces de l'appartement avec l'air supérieur d'un huissier de justice, cherchant le bien ou le bibelot qui épongera modestement la dette accumulée. Certes, de nombreux pays ont vécu au dessus de leurs moyens et les dettes sont là, mais le fait de mettre le doigt sur la couture du pantalon devant" Standard et Poors" par exemple et d'accumuler les plans de rigueur devenant insupportables pour les classes moyennes et à plus juste titre, les plus défavorisées, est-il une solution ?
Depuis quelques jours, tous les pays de la zone euro possèdant le précieux " AAA" sont mis sous surveillance et les derniers hommes politiques " providentiels " ayant rejoint l'arène européenne et en particulier MM Papadémos, Monti et Draghi sont tous des ex-collaborateurs de Goldman Sachs. N'y aurait-il pas une volonté réelle non pas simplement de ramener de l'ordre financier en Europe mais également de mettre cette dernière au goût politique et social de certains ? Aurait-on oublié qu'en République, la finalité est la quête de l'intérêt commun et l'établissement d'une relation privilégiée entre les membres de la Nation ?
Combien de temps les peuples européens accepteront-ils d'être dirigés indirectement par une armée de technocrates et de bureaucrates non issus, pour l'immense majorité d'entre-eux, du suffrage universel direct ?
L'Europe , si elle veut survivre, doit devenir une grande Europe des Nations Souveraines où les diversités, les divergences seront acceptées avec respect mais avec la permanente volonté de travailler ensemble dans des grands projets qu'ils concernent la Science, la Culture, l'Education, la Défense ou encore la Politique Etrangère. Vivre ensemble mais avec la non volonté d'uniformisation des peuples et des cultures, c'est d'une part stopper les diverses xénophobies dans leur démagogie et vivre un grand projet Humaniste et Politique !

mercredi 8 juin 2011

Du besoin d'Elite en Democratie.





La démocratie a-t-elle besoin d'élites ?






Le régime politique, dit « démocratique » est le fruit d'une longue évolution à travers les époques et les nations. De la Grèce de Périclés jusqu'aux salons de Virginie où naquit en 1776 la  Bill of Rights  sans oublier, en France, la nuit du 4 août 1789, des hommes se sont exprimés, révoltés ou indignés pour faire accepter et imposer l'idéal démocratique à travers le monde, en stipulant selon l'article 1er de la déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen que: «  les Hommes naissent libres et égaux en droits ». Un message à portée bien évidemment universelle où les Hommes ne sont plus seulement abordés et compris en tant qu'individualités ontologiques mais également comme éléments irréductibles d'un ensemble sociétal où fraternité et tolérance mutuelle doivent être les maître-mots.
La démocratie est par définition le régime politique qui établit comme priorité absolue la recherche de l'intérêt commun, cet intérêt commun devant être fixé par le peuple qui élit ses représentants. La démocratie possède également un grand mérite, elle a fait en sorte que les décisions fondamentales devant s'appliquer au sein d'un état, qu'elles soient de type politique, social ou économique, soient le fruit du dialogue, du débat, de la confrontation des idées et des intelligences. Certains individus, par les réserves ou oppositions qu'ils émettent à l'encontre d'idées formulées par d'autres, contribuent à l'enrichissement du débat car la démocratie affirme que les dites contradictions, si elles sont fondées, ne peuvent pas être négligées ou ignorées car il en va alors du principe de la liberté d'expression. Mais au-delà de ces principes de liberté, d'égalité et de fraternité, la démocratie doit également être caractérisée par des principes tels que l'honnêteté ou la laïcité, qui s'illustrent par exemple par la liberté de culte ou le refus sans ambiguïté de la corruption des élus et des fonctionnaires. Ainsi, à ceux qui ont affirmé ou affirment encore que la démocratie se limite à une dictature de la masse, je leur réponds qu'ils se trompent, car il n'est nullement question d'un pacte républicain où tout serait permis. En effet, l'expression de la volonté du peuple souverain, pour qu'elle conserve toute sa valeur, doit obéir à des devoirs fondamentaux : respect de la loi, de la constitution, participation au votes et respect de l'issue du même vote. Faute de quoi, la démocratie dégénérerait nécessairement en ochlocratie, au sein de laquelle on devrait faire face à :  « une dénaturation de la volonté générale » nous dit Rousseau dans son Contrat Social. La volonté générale ne doit en aucun cas s'effacer devant certaines volontés particulières. J'en viens alors au noyau dur de mon propos et de ma problématique; à savoir, comment protéger la démocratie face aux dangers de l'ochlocratie, qui elle, représente véritablement la possibilité pour la foule de satisfaire ses moindres désirs. Ce populisme est à bannir de nos principes républicains et il est donc nécessaire de lui faire barrage d'une manière efficace. Quel est le moyen le plus efficace me direz-vous ? Je réponds sans hésitation qu'il est nécessaire de posséder un État et des institutions fortes.
Contrairement à ce qui est parfois pensé, murmuré ou même crié dans certaines circonstances, les Institutions et l'État ne sont , en démocratie, aucunement là pour monopoliser un pouvoir mais pour assurer le bien du Pays et la quête de l'intérêt général par la combinaison d'une part de leurs aspirations et de leurs compétences, et d'autre part, du pouvoir que le suffrage universel leur a octroyé. Ces individus, de par les postes essentiels qu'ils occupent pour le bon fonctionnement de la démocratie, se doivent de posséder des qualités, aptitudes voire des talents particuliers qui les rendront plus compétents que d'autres. Je pense par exemple à des convictions solides, à une culture leur permettant d'avoir du recul sur le passé de la Nation, à des facilités de communication, qu'elles soient orales ou écrites. Une fois ces exemples donnés, j'affirme donc que la démocratie a besoin d'élites. Si notre pacte républicain nous considère égaux en droits et en reconnaissance civile, nul ne peut prétendre que les individus sont doués des mêmes compétences. Ainsi, à partir du moment où l'on recherche pour une ou un corpus de compétences données, ceux qui possèdent les meilleures aptitudes, il y a nécessairement sélection et là où il y a sélection, on peut parler d'élite. Platon dans sa Politeia ou République introduit les concepts de « Société politique » et «  Société Civile ». L'élite dont je parle ici pourrait aisément être assimilée à cette société politique. Mais laissez-moi préciser une notion fondamentale. Cette élite ne peut pas uniquement se caractériser par des compétences intellectuelles mais doit aussi posséder de profondes valeurs morales. En effet, L'ochlocratie perdit la république d'Athènes et rendit possible en France le régime de la Terreur, j'insiste donc encore une fois sur la nécessité de la combattre par un pouvoir fort, mais nous savons que le pouvoir ne convient pas à tout un chacun, y compris parmi des individus à haut degré de compétence. Le pouvoir possède en lui une composante intrinsèque dangereuse qui peut pousser à la corruption de ses propres idéaux et transformer facilement un pouvoir fort mais démocratique en un pouvoir tyrannique où la volonté du peuple sera alors ignorée et méprisée. Ainsi, l'Homme de pouvoir, indépendamment de l'institution à laquelle il appartiendra , qu'il soit issu du législatif, du judiciaire ou de l'exécutif devra utiliser son intelligence et sa morale au service de la démocratie, pour la protéger contre ses multiples dégénérescences, sans jamais être tenté par les abus de pouvoir ou les comportements autoritaires non justifiés. Peu d'hommes répondent à tant de critères cumulés et c'est pour cette raison, encore une fois, que j'affirme qu'une démocratie digne de ce nom a besoin d'une élite.
Je sais bien que pour certains, le mot «  élite » est un substantif tabou au sein d'une démocratie. On pourrait même penser que « élitisme » s'oppose à démocratie mais il n'en est rien car au sein d'un tel régime, tous les moyens doivent être utilisés pour pouvoir identifier les talents de demain, indépendamment de leur origine ethnique, politique , religieuse ou sociale. Au sein d'un régime aristocratique, par exemple , les élites sont désignées par leur sang, leur appartenance familiale. Le pacte républicain, lui, se doit d'assurer l'égalité des chances et je pense que c'est une des plus belles réussites de l'idéal démocrate. L'homme de pouvoir de demain, avec les lourdes responsabilités précédemment nommées qui sont les siennes, doit pouvoir venir de tout milieu. La démocratie ayant besoin d'élites, elle se doit de maintenir le niveau et la crédibilité de ces dernières au nom de sa propre survie et de son propre respect. La démocratie, c'est la possibilité d'une méritocratie et non un nivellement par le bas, c'est une importance toute particulière donnée aux aptitudes et non aux origines sociales ou au copinage et c'est également l'égalité et non l'égalitarisme. Et dans cette voie, nous pouvons être fiers de La France car la création de la Légion d'honneur, de l'ordre du Mérite, ou encore le système de concours d'entrée dans la fonction publique ou les corps de l'État a favorisé au sein de nos institutions la logique de méritocratie. Mais attention, il ne sera jamais assez répété que le statut , le poste ou la fonction ne sont nullement des finalités, ce sont des leviers d'action sensibles qui doivent être manipulés dans l'intérêt du pays et de la démocratie. Les citoyens qui ont ces responsabilités, qu'ils l'aient acquises par concours ou par suffrage, se doivent de rendre des comptes et de faire part de leurs résultats car en démocratie, les échanges ou les actions politiques existent dans les deux sens. Il est donc fondamental, en vue de protéger la démocratie contre ses diverses dégénérescences ochlocratique ou anarchique, caractérisées par le chaos et le règne de la force, d'assurer l'existence d'une élite éclairée et morale au sein de la société politique.

Mais me direz-vous , qu'en est-il de la société civile ? Après tout, c'est bien elle qui rassemble la grande majorité des concitoyens. A-t-elle besoin également d'une élite ? Et bien je répondrai «  Oui, bien évidemment !!  ». Comment pourrait-on parler de démocratie en établissant un tel fossé, un tel clivage ? La société politique et la société civile se doivent de dialoguer, communiquer et surtout se comprendre à une époque où le thème de l'incompréhension entre ces dernières devient un sujet récurrent de la presse. Ainsi, le problème n'est plus de s'interroger sur la nécessité d'existence d'une élite au sein de la société civile mais plutôt le rôle de cette élite qui doit être non pas similaire mais complémentaire à l'élite de la société politique. En effet, une grande diversité au sein des élites garantit elle aussi la protection du système démocratique en évitant la domination de la société par une élite unique comme l'analysait brillamment Raymond Aron. La question fondamentale suivante se pose alors :Quel doit être le rôle principal des élites dans la société civile ? Et bien , selon moi, les élites doivent être sources de dialogues et d'échanges. Elles doivent constituer le moteur inépuisable des grands débats et grandes problématiques à échelle nationale, mais aussi de nos jours, à échelle européenne et mondiale. La démocratie doit être pensée sans cesse car bien qu'elle soit définie sans trop d'ambiguïtés au niveau politique, elle regorge de subtilités et engendre par son concept même de nombreuses interrogations dans les domaines philosophique ou sociologique. La démocratie n'est pas une acquisition définitive sur laquelle on pourrait se reposer armé de grands principes, mais un objet d'interrogations et de remises en cause sans cesse renouvelées dans le but de la rendre toujours plus crédible et adaptée aux conjonctions mondiales. Dans son essai L'Elite intellectuelle et la démocratie, Émile Durkheim écrit que : «  L'intellectuel doit aider le citoyen à se reconnaître dans ses idées à l'aide d'ouvrages ou de conférences ». Cette phrase est à mes yeux riche de sens et représentative de l'idée que je me fais du rôle de l'élite au sein de la société civile. Le rythme actuel effréné de notre société empêche une grande part des citoyens à accorder ne serait-ce qu'un minimum de leur temps à la lecture ou à la fréquentation de lieux de culture, d'échange et de savoir. C'est à mes yeux un constat dramatique qui ne peut avoir comme tendance qu'à creuser de profondes divergences entre d'une part, une minorité d'intellectuels recroquevillés sur leur savoir, leur domaine de compétence et leur bulle et d'autre part, la grande majorité des concitoyens développant le ressentiment qu'on cherche uniquement à faire d'eux des moyens de production de la richesse nationale sans leur proposer les débats qu'ils méritent. Conséquence première de ce fléau, un mépris de plus en plus accentué envers les élites allant jusqu'à considérer que le système incarné par ce pouvoir est en réalité très loin de leurs attentes ce qui se traduit actuellement par deux faits majeurs et dramatiques : le désintérêt croissant pour la problématique politique et la montée des populismes, qu'ils soient d'extrême-droite ou d'extrême-gauche, représentants de l'ochlocratie menaçante évoquée précédemment. Ainsi, le peuple, principal acteur de la démocratie, devient le bourreau de cette dernière. Pour éviter cela, il est donc fondamental que les élites, au sein de la société, incarnent pleinement leur rôle. La rupture entre l'intellectuel et l'image qu'il suscite n'est plus acceptable. Souvenons-nous de Jules Ferry et de son prodigieux projet d'une école laïque, publique et obligatoire, où l'instituteur, le Hussard de la république, n'avait pas qu'une fonction d'enseignant, mais incarnait tout un symbole car l'école était un moyen d'ascension sociale. Souvenons-nous aussi de l'idéal de Condorcet qui, dans son Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, en 1795, estimait que l'acquisition du savoir est le moyen principal de hisser l'humanité. Il est donc fondamental que philosophes, historiens ou sociologues multiplient les tribunes, les discours, les ouvrages et les séminaires. Mais attention, je ne nie aucunement la qualité de l'entendement propre de l'ensemble des citoyens. Certains autodidactes sont d'une très grande valeur et je ne fais ici aucune distinction entre les «  diplômés » d'une part et les « autres »d'autre part. Mais la culture au sens large du terme a vocation à être diffusée, partagée et critiquée. Bien évidemment, certains savoirs seront trop techniques pour être abordables d'une manière non épurée au plus grand nombre et c'est là qu'intervient l'importance première de la notion de vulgarisation. Non, la vulgarisation n'est pas une tâche basse. Nous sommes arrivés à un stade de développement des idées si important que la spécialisation est devenue une nécessité absolue dans l'immense majorité des domaines, voire dans sa totalité. Le danger de clivage au sein de la société est donc particulièrement important et il est impératif de faire en sorte que cette même société ne devienne pas une somme indéfinie de domaines d'experts ne communiquant pas entre eux, une sorte de système de castes de l'esprit. Les savoirs doivent circuler !! Les vulgarisateurs, qui avant d'être vulgarisateurs sont d'abord scientifiques, philosophes ou économistes jouent donc un rôle clef car ils se doivent d'être à la base d'une dynamique pluridisciplinaire qui rende l'idéal démocratique vivant et homogène. Des enjeux de l'énergie nucléaire aux modèles alternatifs du système capitaliste en passant par les dynamiques géopolitiques du Proche-orient, les citoyens doivent posséder de l'information et être éclairés sur une multitude de sujets sans être embarrassés par un langage trop technique et donc obscur car au nom du principe de démocratie, ils seront appelés à se prononcer. Et comment pourraient-il se prononcer avec raison et conviction s'ils n'ont pas été assez informés par les élites ? On voit là, encore une fois, une possibilité de dégénérescence du modèle démocratique. Les élites de la société civile ont pour vocation d'éclairer et d'informer alors que celles de la société politique doivent tout faire pour favoriser cette information et cette transparence, cette affirmation impliquant par exemple la liberté de la presse. En effet, on ne doit pas informer les citoyens uniquement aux séances publiques du Collège de France ou de l'Ecole Normale Supérieure, mais également dans les journaux , les livres ou la radio. L'apport fondamental des médias au sein de la démocratie apparaît alors évident, ils ont deux fonctions principales: premièrement, être le vecteur informatif entre les élites et le reste du corps social et deuxièmement, favoriser le dialogue entre les citoyens eux-mêmes. Chaque fois, le but étant de lutter contre toute distanciation. J'en profite ainsi pour condamner certaines dérives des médias, en particulier, les médias télévisuels, qui par l'intermédiaire de la télé-réalité infusent un message fort négatif au sein de la société. Ainsi, la démocratie se présente comme un régime exigeant car elle demande beaucoup au membre de l'élite comme au citoyen lambda. On comprend alors d'autant mieux le caractère fondamental de la liberté d'expression car elle permet certes aux concitoyens d'interpeller les élites politiques sur les différents sujets ou préoccupations de société mais aussi aux élites civiles de communiquer leurs messages et le contenu de leurs réflexions et enseignements au reste de la population dans le but comme je l'ai expliqué précédemment d'entretenir une démocratie dynamique, critique et pensée et par conséquent protégée de ses propres risques de dégénérescence.
Ainsi, la démocratie apparaît comme un projet ambitieux de société, où tout concitoyen, quel que soit ses caractéristiques ethnique et religieuse doit pouvoir accéder à des postes à responsabilité en fonction bien évidemment de ses capacités. Mais d'autre part, au sein d'un tel système, tout un chacun se doit d'être informé avec sérieux sur les grands enjeux de notre époque, dans tous les domaines, pour que le suffrage universel soit véritablement une expression raisonnée de la volonté générale d'un peuple averti. Une telle capacité d'information passe nécessairement par l'existence d'une élite dite « civile » ou pourrais-je reformuler, au sein d'un contexte de délocalisation, d'une élite locale composée par exemple de philosophes, de scientifiques, de journalistes spécialisés ou encore d'économistes. Cependant, la démocratie est menacée en permanence par les appétits de quelques particuliers voulant passer outre la primauté de l'intérêt commun. En France, des mouvements populistes tels que le boulangisme ou le poujadisme n'ont cessé par exemple de critiquer la légitimé des élites précédemment citées en faisant croire à grands coup de démagogie que le peuple éduqué pouvait régresser, et tout cela, uniquement en vue de satisfaire un opportunisme politique. C'est justement pour lutter efficacement contre de telles dérives que la nécessité d'une élite politique forte et morale est impérative en démocratie. Pour reprendre le titre d'un essai de Pierre-André Taguieff, l'élite politique, et plus largement l'élite en démocratie, c'est l'arme la plus efficace contre l'illusion populiste.
Je vous remercie de votre attention!


Le Platonicien.

dimanche 22 mai 2011

Regard sur autrui.

Bonsoir à tous !

Ce soir, je me contenterai de vous faire partager un lien vers une noble démarche intellectuelle et spirituelle comme nous les aimons ! "Nouvelle Acropole" est un mouvement  philosophique indépendant qui a parfaitement compris qu'après le temps de l'égarement matérialiste, un autre temps était venu, celui de la réflexion sur nous-mêmes, penser nos étants  et chercher nos êtres. En bref, Nouvelle Acropole est un maillon d'une longue, diverse et très complexe chaîne en cours de formation, dont le seul but n'est pas le moins ambitieux : l'accès à la connaissance et la croyance en la perfectibilité ! Bonne découverte !

http://www.nouvelle-acropole.fr/institutions/accueil.html

samedi 14 mai 2011

Mathématiques et Universalité.

Au mois de mars 2000 paraissait un ouvrage intitulé Matière à Penser au sein duquel le mathématicien Alain Connes et le neurologue Jean-Pierre Changeux échangeaient et débattaient sur l'image et la conception qu'ils ont respectivement des mathématiques. Alors que le neurologue y affirme que les mathématiques sont une pure construction neuronale, Alain Connes défendait l'idée que les mathématiques étaient probablement extérieures à notre conscience, rappelant l'idéal platonicien considérant les mathématiques comme intermédiaire entre notre monde physique et un hypothétique monde supérieur des idées. Au sein de la problématique ici posée, le fait de s'interroger sur l'étendue des secteurs du réel remarquablement bien décrits par les mathématiques revient à s'interroger sur le caractère universel de ces dernières. C'est un débat très ancien, qui date de plus de 3000 ans.
En ce qui me concerne, je dois en effet avouer que les vérifications expérimentales en relativité générale ou par exemple de diverses valeurs de moments magnétiques me troublent. Un tel accord entre théorie et expérience doit mener au débat. L'école Kantienne, principalement exposée dans La critique de la raison pure nous encourage à prendre du recul face au concept d'expérience, nous enseignant que nous ne pouvons avoir accès à la réalité mais simplement à une de ses formes possibles de représentation dénotée sous le terme de « phénomène », car nos sens ne peuvent que déformer cette réalité intrinsèque.. Dans ce cas, l'accord entre théorie et expérience n'est donc qu'une conséquence des contraintes empiriques et sensorielles dont nous sommes implicitement sujets. Malgré la puissance d'esprit et la rigueur avec lesquelles Kant expose cette théorie, mon parcours scientifique m'a permis à ce jour de penser et de concevoir les mathématiques comme une composante de la réalité indépendante de notre entendement. Je pense en effet qu'elles constituent un langage dont les pleines potentialités sont bien trop élevées pour que nous puissions les comprendre toutes à notre époque. Par l'intermédiaire de théories physiques (outre la mécanique quantique et la relativité générale) telles l'analyse fine des harmoniques en musique ou la modélisation sans cesse perfectionnée des réseaux neuronaux, les mathématiques se sont révélées être un langage extraordinairement précis et efficace de description, de formalisation et de compréhension. Mais elles sont également perçues comme formidable espoir dans d'autres théories comme la géométrie non commutative ou la théorie des cordes. Tous ces faits m'ont très longtemps convaincu que les mathématiques constituaient donc un langage universel. Ainsi, dans le cadre d'une philosophie à caractère panthéiste, les mathématiques n'étaient autre que le langage, le principe qui avait été choisi par un «  Grand Architecte de l'Univers » pour décrire le logos, ses lois et ses constituants.
Cependant, avec un peu plus de sens critique et de maturité, cette image peut sembler quelque peu naïve et facilement remise en question par exemple par la théorie des Multivers d'Andrei Linde au sein de laquelle chaque univers posséderait ses lois et ses constantes propres. Ainsi, les mathématiques auxquelles nous avons accès ne seraient pas universelles mais seraient simplement une «  projection » locale d'une mathématique supérieure au niveau de notre univers. Une fois cette hypothèse formulée, le caractère universel des mathématiques devient inextricablement lié à la théorie de la connaissance. Autrement dit, si la mathématique qui nous est familière n'est valable que localement, dans notre univers, de quoi découle-t-elle et peut-on encore appeler cette origine « mathématiques » ? Or, pour répondre à cette question fondamentale, il est nécessaire de parler de métaphysique n'en déplaise au cercle de Vienne... Certes, la théorie des multivers n'est pas confirmée à l'heure actuelle mais c'est un exemple assez intéressant qui a pour vocation d'introduire la seconde partie de mon propos, à savoir, mon scepticisme envers une « efficacité universelle » des mathématiques dans le domaine des phénomènes observés.

Je souhaiterais introduire cette seconde partie par une citation de Leibnitz très représentative de ma pensée: « Sans les mathématiques, on ne pénètre point au fond de la philosophie; sans la philosophie, on ne pénètre point au fond des mathématiques; sans les deux on ne pénètre au fond de rien ». Je pense en effet que les mathématiques n'existent pas seules mais qu'il est plus juste de parler d'un complexe mathématico-philosophique. Quelle est la grande qualité et vertu de la science physique ? De permettre aux mathématiques d'être appliquées à des problématiques concrètes dans le but de formaliser une description la plus rigoureuse possible de notre univers, ce qui est un acte intellectuel fondamental pour nous autres observateurs. Mais la physique sera je pense éternellement soumise aux contraintes et incertitudes de l'expérience, le concept d'absolu ( sous réserve d'existence) me semble difficile voire impossible à atteindre par le seul contenu de la Physique. Cependant, soyons honnêtes, sans l'intervention de la possibilité d'application, la mathématique pure ne peut donner de résultats exacts que dans le monde des abstractions. Il est bien évident que l'existence même de ce monde des abstractions est source de débats et de désaccords mais je suis pour ma part convaincu de cette existence. Or, au sein du monde des abstractions et dirais-je même, des idées, les résultats exacts de la mathématique doivent nécessairement pour moi être étudiés en combinaison avec la philosophie, et plus particulièrement, l'épistémologie en vue de leur donner un sens ontologique profond et total . La mathématique semble alors limitée dans sa description de la réalité car elle n'apporterait qu'une connaissance partielle des concepts de cette même réalité, concepts qui, pour être entièrement saisis par l'entendement de l'observateur, doivent être conjugués à une intense réflexion philosophique. C'est ce complexe mathématico-philosophique qui permet de dépasser la « Différence ontologique » entre être et étant fondamentale dans l'œuvre de Heidegger. En ayant préalablement défini d'une manière simplifiée l'être comme le «  quid est, quomodo est » de l'étant, c'est à dire, son « quoi » et son « comment », la mathématique seule permet d'accéder à la nature de l'étant alors que le complexe intellectuel défini précédemment permet d'accéder à l'être, et donc, à la question la plus fondamentale qui soit : « Qu'est-ce que l'être ? ». Les exemples pour illustrer ce propos sont assez nombreux, et je me contenterai d'évoquer celui du concept de particule : une particule est une entité dont l'évolution de la compréhension de son étant est remarquable. Alors qu'initialement, les scientifiques possédaient la vision très empiriste de particules élémentaires sphériques, la caractérisation de ces dernières par des nombres quantiques combinés au théorème spin-statistique a apporté de nombreux éclaircissements. Encore plus remarquable, la théorie quantique des champs a de nouveau réinterprété une particule comme un état excité du vide quantique. Ces évolutions montrent bien que les mathématiques conjuguées à la Physique se montrent redoutablement efficaces dans la description de l'étant. Cependant, elles n'ont pas permis selon moi d'apporter des précisions sur la véritable nature ontologique, autrement dit, sur la nature de l'être d'une particule. Et cela pour une raison qui, compte tenu de la phrase précédente, me semble assez évidente car le concept même de «  vide » est encore beaucoup trop flou ne serais-ce qu'en physique. En effet, l'interprétation du vide comme état d'énergie minimale d'une théorie découlant elle-même du principe d'incertitude d'Heisenberg encore soumis à tant d'interrogations, ne peut être considérée comme définitive.
Ainsi, adoptant au sein de cette deuxième partie une approche ontologique dualiste entre être et étant, je considère que la science mathématique, en conjonction avec la science physique, possède d'extraordinaires potentialités descriptives au niveau de l'étant. Cependant, croyant en une indépendance des mathématiques vis à vis de notre entendement, j'exprime un profond désaccord avec l'empirisme logique car selon moi, l'accès à la connaissance de l'être doit passer par un complexe mathématico-épistémologique qui permette justement de saisir les «  sujets de connaissance » pas seulement en tant que concepts mathématisables mais également, en tant que noumènes ou « choses en soi ».

mercredi 27 avril 2011

Du danger du communautarisme.

Bonsoir à tous !

A une période comme la nôtre où l'Islam est caricaturée en France à travers ses membres extrémistes, je désirerais écrire quelques mots sur l'incompatibilité profonde qui existe entre toute sorte de communautarisme en général et notre pacte républicain.
Le problème ne se limite nullement à l'Islam et il faut aborder la problématique du communautarisme religieux dans sa globalité si on désire demeurer objectif. La religion a tout à fait sa place en république, et je dirais même, la multiplicité des religions ! Il n'appartient à personne de juger de la soi-disante pertinence de la spiritualité d'autrui. Que la transcendance de certains soit nommée Dieu, Jesus, Allah ou Bouddha, cela ne possède aucune espèce d'importance car ce qui compte, c'est de se dire qu'au delà les divergences lexicales, rituelles ou voire parfois hélas dogmatiques, c'est l'aspiration à la transcendance qui guide ces hommes, ce qui permet de voir une petite touche d'universalité au sein de débats ayant engendré tant de divergences... Mais que les choses soient claires, la laïcité est une composante claire et non ambigue de notre république: respectueuse de toutes les religions mais ne permettant pas que l'une d'entre elles impose son message au sein de la sphère publique. Tout homme, indépendamment de ses croyances, doit bien comprendre qu'au sein de cette sphère publique, il est avant tout concitoyen,  élément irréductible d'un pacte de société ambitieux.. La République est avant tout une et indivisible, elle n'est pas somme de "congrégations" ou de " castes spirituelles" qui refuseraient l'ouverture vers les autres. Par conséquent, le communautarisme est et demeurera toujours un ennemi de la République.

dimanche 17 avril 2011

Idée de lecture.

Bonsoir à tous !

Je propose cette piste de lecture qui me semble intéressante. Le concept de temps, depuis Héraclite, a obsédé nombre de philosophes ou scientifiques. Héraclite, comme je disais, mais aussi Parménide ou encore Heidegger ont apporté successivement leurs brillantes pierres à cet ambiteux édifice intellectuel. Si vous désirez vous plonger dans cette aventure passionnante au sein même du concept de " temps" sans avoir à débuter par des ouvrages philosophiques très techniques, je vous conseille fortement Les Tactiques de Chronos, d'Etienne Klein, physicien au CEA et vulgarisateur scientifique de talent.

mardi 12 avril 2011

Préalables philosophiques à la création scientifique.

1) En tant que jeune étudiant scientifique, je me suis toujours interrogé sur les origines de ma passion pour les sciences fondamentales, et tout particulièrement, les mathématiques et la physique. Or, au fur et à mesure des années, j'ai compris que cette passion n'avait pas pour unique et simple cause une inclination pour la rigueur mathématique et la potentialité démonstrative. J'étais surtout très intéressé par l'interprétation des résultats obtenus et la puissance de démonstration de l'outil mathématique que je ne pouvais que constater.
Les interrogations étaient diverses: quelles sont les origines de ces outils, doivent-ils être considérés uniquement comme des outils, mais surtout, une question devenue aujourd'hui un leitmotiv en ce qui me concerne, les mathématiques doivent-elles être considérées comme le fruit de l'entendement humain, et donc, comme une création, ou bien constituent-elles une sorte d'absolu indépendant de nous, dans lequel cas le scientifique devrait être considéré comme l'Homme, qui, à l'aide de ses capacités analytiques et déductives, se rend capable de « découvrir », et non «  inventer » les fondements mathématiques

   
2)Pour cette question, je me propose de comparer les scientifiques 2 à 2 car j'estime que les critères de comparaison sont assez nombreux et que seul ce procédé peut se révéler pertinent en vue d'une analyse globale et complète.
Cependant, avant de rentrer dans les détails, il est important de préciser que Galilée, Descartes et Newton incarnent tous les trois, sur des siècles différents, le renouveau scientifique européen qui s'est opéré à partir du début du XVII ème siècle. En effet, jusque là, les concepts et les connaissances  scientifiques étaient principalement basés sur la physique aristotélicienne qui se révèle être une physique ontologique. A partir de Galilée, s'ouvre une ère physique mécaniste, moderne, où la volonté de description rigoureuse et non ambiguë, grâce à la « langue » mathématique s'impose et se généralise.
Nous allons donc à présent comparer, pour commencer, Galilée et Descartes. Leur point commun réside, comme il a été dit plus haut, dans la volonté de décrire avec rigueur mathématisable le monde et l'univers. Galilée aborde ce sujet d'un point de vue purement platonicien, il considère par conséquent l'univers comme un « livre » qu'il faut évidemment apprendre à lire, et cet apprentissage passe par la connaissance des mathématiques, et plus particulièrement, de la géométrie. L'objectif principal de Galilée consiste donc en la mathématisation de la nature.
On peut de plus considérer que l'innovation purement galiléenne consiste à conceptualiser la description de divers objets (comme les astres ou les corps quelconques) indépendamment de leurs qualités sensibles, c'est à dire, de caractéristiques telles la forme, l'odeur ou encore la saveur. On peut alors envisager une description objective, mathématique, et entièrement indépendante de toute interprétation de caractère empirique. Par conséquent, cette conception étant entièrement platonicienne, on ne peut s'étonner de constater que Galilée croit en la théorie de la Maieutique Platonicienne qui consiste à dire que toute connaissance est le fruit d'une combinaison entre l'intelligible  (ce que Leibnitz appellera plus tard Monades) et l'expérience empiriste, donc, la clef de la connaissance ne réside point dans la simple contemplation.
Descartes; lui, partage également, nous l'avons dit précédemment, cette volonté d'appréhender les phénomènes en répudiant la convention ou la tradition. Cependant, il apporte un point tout à fait nouveau par rapport à Galilée, en effet, Dieu est beaucoup plus présent à l'esprit de Descartes. En effet, Descartes considère Dieu comme un vecteur de cohésion entre la volonté de comprendre et la véritable compréhension, donc, sans la conscience de Dieu, qui ne peut que se situer au delà de la pensée humaine, l'accessibilité à la connaissance du monde devient impossible. Cette conception n'est pas aisée à saisir car elle consiste en effet à affirmer que pour « mériter » l'accès à un savoir donner, il faut se confronter à l'unique entité dont on ne peut tirer un véritable savoir, Dieu. Dieu est donc l'épreuve de pensée qui rend possible la compréhension du monde. On peut donc dire que la principale distinction entre Galilée et Descartes réside dans la place et l'interprétation de l'aspect mathématique.
Descartes se situe en réalité dans une approche plus « déiste » et c'est pour cela que le principe de causalité a une place centrale dans Le discours de La Méthode.  Il considère en effet que tout phénomène peut être interprété comme conséquence logique d'un autre (réfutation de tout probabilisme ) et espère donc « atteindre » Dieu par la pensée en « remontant » les chaînes de causalité. Ces chaînes ne pouvant être correctement remontées qu'avec l'aide de l'outil mathématique.
Newton, quant à lui, marque à la foi un prolongement et une rupture dans l'évolution mécaniste de Galilée et de Descartes, il ferait donc plutôt office de point nodal !! En effet, d'une part, Newton franchit un pas non négligeable dans le progrès scientifique car il est le responsable du passage de la simple cinématique à la dynamique, autrement dit, la cause des mouvements. Cependant, il faut bien comprendre que chez newton, l'idée de Dieu est plus que présente, elle se dissimule en réalité derrière chacune de ses suggestions scientifiques. Par conséquent, Newton, sur un point de vue philosophique, va être fermement opposé à la conception purement mécaniste, car cette dernière, de par la possibilité qu'elle donne d'interpréter rationnellement tout phénomène, nie l'existence de Dieu ou bien, se contente d'interpréter ce dernier comme un « Grand architecte primordial de l'univers » laissant ensuite ce dernier à son propre déterminisme. Newton, lui, est persuadé, sans possibilité de démonstration, que Dieu n'est pas simplement le créateur de l'univers au temps t=0, mais aussi celui qui intervient à tout instant pour maintenir l'ordre au sein du cosmos.
C'est pour cette raison que Newton complètera la théorie mécaniste par des principes actifs non descriptibles car de nature divine. Cette conviction profonde jouera même de nombreux tours à Newton car il « répudiera » plusieurs de ses découvertes fondamentales en calcul infinitésimal sous le prétexte que ces découvertes confirment une vision plutôt cartésienne. Pour cette raison, on attribuera plus tard à Leibnitz le mérite de ces découvertes.
Cette étude comparative nous a permis de cerner les relations et les enjeux résidant au sein de la triangulaire Galilée, Descartes et Newton. Comme dit précédemment, il apparaît évident que ces trois esprits ont contribué d'une manière majeure à introduire le recours à la science mathématique comme moyen de description et de compréhension, provoquant ainsi une rupture fondamentale avec les traditions aristotéliciennes.
Cependant, chez chacun d'entre-eux, la science mathématique est interprétée d'une manière distincte, et surtout, en ce qui concerne sa relation avec l'absolu et Dieu. Pourtant, ces trois hommes étaient incontestablement des hommes de foi, mais chacun possédait sa propre conception de Dieu. Pour Galilée, ou même pour Descartes, Dieu est en quelque sorte un mathématicien suprême, qui, à l'instant de la création, à disséminé d'une manière harmonique et équilibrée la science mathématique dans le monde. Comme nous l'avons dit, cette conception est purement platonicienne. On comprend alors l'importance de la science mathématique, elle constitue tout simplement la condition, la potentialité d'accessibilité au savoir, à la connaissance, et donc aussi à Dieu.
Newton est est beaucoup plus pétris de théologie et prend ses distances par rapport à la capacité d'accéder à une véritable connaissance de l'univers. Il refuse donc radicalement la toute puissance d'interprétation de la théorie mécaniste tout en étant bien évidemment conscient de ses remarquables capacités. Il faut surtout retenir que pour Newton, l'intervention de Dieu est permanente, et par conséquent, la capacité intrinsèque de la mathématique forte mais limitée. On retiendra pour finir que Newton s'est également révélé être un homme complexe, dans le sens antinomique du terme, car ce grand Homme de science fut aussi un fameux alchimiste, révélateur pour moi, de l'ambivalence assez impénétrable de tout esprit de qualité.

3)Actuellement, les mathématiciens Roger Penrose, de l'université d'Oxford, et Alain Caunes, du collège de France, se revendiquent ouvertement Platoniciens.
     a) En ce qui me concerne, je considère le platonisme avant tout comme la conviction profonde que la science mathématique et physique  n'est pas une pure création du génie humain mais une science indépendante, pré-existante, de nature quasi-divine, présente intrinsèquement dans tout phénomène du cosmos, et qui se révèle être probablement l'unique opportunité pour L'homme d'accéder à une vérité supérieure, sous réserve d'existence. Il faut donc comprendre à l'ère actuelle que la théorie platonicienne nécessite de supposer l'existence, outre de notre monde réel, d'un monde mathématique transcendant. L'homme de science se doit alors, de par l'utilisation de ses capacités de raisonnement, de déduction et d'analyse, de découvrir cette science et de l'utiliser avec raison et méthode pour accéder à une connaissance supérieure, acte qui constitue en quelque sorte, pour moi, la démarche existentielle absolue de l'Homme de science.
  b) Comme je l'ai expliqué précédemment lors de la première question, en accord avec cette définition du platonisme, je me considère en effet comme un platonicien. Je dois tout d'abord avouer que je suis conscient que certaines découvertes mathématiques et physiques contemporaines, comme la mécanique quantique ou le théorème d'incomplétude de Gödel, infirment plutôt cette théorie. Néanmoins, je demeure confiant face à mes convictions. Bien que l'aspect platoniste réduise l'Homme de sciences à un découvreur plutôt qu'à un inventeur, je trouve tout de même cette conception merveilleuse de par ce qu'elle implique. Tout d'abord, je lui trouve un aspect humaniste, voire philantrope, car elle reconnaît à L'homme des capacités intellectuelles remarquables pour pouvoir être capable de découvrir cette vérité mathématique. Mais surtout, ce sont les perspectives de ces mathématiques qui me font vibrer. Car une fois les mathématiques éclairées par le feu du génie humain, c'est l'accessibilité à un absolu qui devient envisageable, l'intégration complète de l'esprit humain au sein du monde mathématique, donc le départ du monde réel qui n'était que provisoire en vue du cheminement humain , vers le monde mathématique absolu, et par delà cet acte, la justification remarquable  de l'évolution de  l'esprit humain.
Ces arguments sembleront probablement naïfs ou idéalistes, mais ce sont ces convictions qui font vibrer mon esprit et mon entendement face à la beauté de la science mathématique. En effet, à l'heure actuelle, je ne peux pas concevoir la science comme un simple  modèle de représentation crée par l'Homme, dont la portée se limiterait à la modélisation de phénomènes ou à la prévision de résultats expérimentaux.


4)On qualifie la philosophie kantienne de révolution copernicienne car cette philosophie a entièrement bouleversé les fondements de la pensée du XVIIIème siècle. En effet, Kant se propose de concentrer toute son énergie intellectuelle à l'analyse de la critique, la potentialité d'être et de savoir. Selon Kant, la rigueur et l'ordre ne sont pas pré-existants dans la nature, c'est à l'Homme de les y introduire. On comprend alors immédiatement que cette théorie va s'opposer avec virulence au platonisme.
Kant ne nie en aucun cas l'apport et l'importance de la science, au contraire, selon lui, il ne peut y avoir de science sans mathématique, et L'homme qui veut accéder à la vérité, n'est plus, comme pouvait le penser Goethe, le philosophe, mais bel et bien le scientifique. Cependant, malgré cette place centrale accordée à la science mathématique, il n'est plus question d'une connaissance absolue. Pour Kant, la science modélise les phénomènes, c'est à dire, les représentations du réel, entièrement empiriques. Il faut donc renoncer à l'aspiration de la connaissance absolue pour se contenter d'une réalité phénomènale et accepter que « la chose en soi » ne soit point accessible par la science.
On comprend alors que Kant est l'incarnation de l'objectivité philosophique. Sa volonté de « critique » ne doit pas être associée à une connotation dépressiative, ou bien, à l'expression d'un certain scepticisme envers la science. Kant souhaite juste borner le domaine d'accessibilité à la connaissance, et nuancer les aspirations d'absolu des théories platoniciennes. La science mathématique doit alors être réinterprétée, elle n'est pas pré-existante mais entièrement crée par L'homme et dans le but d'accéder à une connaissance du phénomène, c'est à dire, une connaissance empirique. Par conséquent, la science n'a pas pour objectif l'absolu car la connaissance de cet absolu est impossible.
Il est évident que, considérant mes convictions exprimées à la question précédente, je ne peux qu'émettre certaines réserves sur le point de vue Kantien. Cependant, je dois reconnaître que cette analyse est extrêmement structurée, progressive, et possède une forte qualité démonstrative. En particulier, j'apprécie l'interprétation de la  nécessité causale que fait Kant, car je pense aussi que, sans cette nécessité, l'existence et la justification de la conscience seraient délicates. Ainsi, je dois avouer que je suis plutôt déçu par la conclusion d'un travail si rigoureux, mais étant donné que toute démonstration peut se révéler un jour fausse ou incomplète, il n'est pas impossible que Kant, en dépit de son génie, ait oublié d'intégrer un élément, une composante, aussi petite soit-elle ! Mais je me refuse à toute mauvaise foi, et je dois bien avouer que si durant les années futures, ma conception philosophique de la science change, le travail remarquable de rigueur de Kant en sera pour quelque chose !

5)Einstein croit en l'existence d'une réalité physique, totalement indépendante de l'observateur et des conditions de l'observation, et que le scientifique se doit, de par les théories qu'il formule et son sens de déduction, de déterminer et d'isoler. Il faut prêter garde à cette affirmation et dire d'emblée que Einstein n'est pas véritablement platonicien !  Il considère la science comme une merveilleuse création de l'esprit humain et du génie humain, dont les théories servent à élaborer des représentations les plus fidèles possibles de la réalité physique.
Par conséquent, pour Einstein, la théorie est prédominante face à l'observation et il faut bien avouer que jusqu'en 1905, les formulations respectives de la théorie de la relativité restreinte, puis de la relativité générale, confirment la conviction profonde de Einstein. En effet, la théorie de la relativité restreinte a pour principaux résultats l'invariance de la vitesse de la lumière dans les différents référentiels et le fait que les lois de la physique sont les mêmes indépendamment du référentiel choisi. Il apparaît alors qu'un phénomène, même s'il est observé dans des conditions expérimentales distinctes, conservera sa propre indépendance, son propre sens physique. Cependant, dans les cours des années 1920, les scientifiques de l'école de Copenhague (Bohr, et Heisenberg principalement) ont développé une nouvelle théorie physique allant à l'encontre des convictions de Einstein, la mécanique quantique.
Il faut déjà préciser que cette mécanique quantique étudie le domaine microscopique, particulaire, alors que la relativité générale a ses applications dans le macroscopique. Or, l'étude de cette mécanique quantique, et un certain nombre de ses résultats fondamentaux comme le principe d'incertitude de Heisenberg, ont amené à concevoir cette nouvelle discipline comme une discipline du probabilisme là où Einstein considérait que le déterminisme réglait le monde physique. L'expérience des fentes de young, et comme corollaire, l'établissement de la dualité onde-corpuscule du photon, ont amené Heisenberg et Bohr à partager une conception pessimiste et limitée de la science physique car il apparaissait clairement pour eux que l'observation des phénomènes physiques étaient fonction des conditions expérimentales, et à partir de là, l'existence d'une réalité physique indépendante n'a plus aucun fondement, au mieux, la physique théorique peut-elle être interprétée comme la possibilité de prédire, prévoir les résultats expérimentaux. Plus tard, le physicien allemand Max Born, interprétera la fonction d'onde de Schrödinger comme outil mathématique permettant uniquement de calculer une densité de probabilité de présence. Cet argument renforçant la conception pessimiste des membres de l'école de Copenhague. On comprend alors fort bien que Einstein se soit opposé avec virulence à cette conception, qui pour lui, n'était pas envisageable à cause de son aspect purement probabiliste et uniquement bonne à prendre provisoirement, en attente de meilleurs résultats.
On peut également préciser que cette opposition n'était pas vraiment argumentée scientifiquement, mais découlait uniquement du fait que Einstein ne pouvait concevoir une théorie physique en contradiction avec sa conception épistémologique propre. Pour la première fois dans l'histoire du cheminement de la pensée scientifique, les limites du principe de causalité sont explicitement montrées du doigt.
 On comprend alors l'extraordinaire impact de la mécanique quantique dans le monde intellectuel de l'époque. Les résultats concluants de cette nouvelle physique amènent tout esprit raisonnable à revenir sur l'infaillibilité du principe de causalité, autrefois tant loué par Descartes, et à réappréhender le concept de réalité objective. Le savant doit alors renoncer à comprendre et à embrasser entièrement la nature. Il faut aussi préciser que Einstein, toute sa vie, va combattre avec force cette théorie quantique, et tel Newton plusieurs siècles auparavant, il n'hésitera pas à modifier certains de ses résultats théoriques pour qu'ils soient en accord avec sa conception philosophique.
On peut citer par exemple l'introduction de la constante cosmologique dans sa théorie de la relativité générale. Ce qui sera particulièrement difficile à admettre pour Einstein, c'est que ses travaux avec Planck ont été à la base de la théorie des quanta (effet photoélectrique par exemple) alors que cette même théorie invite à revoir d'une manière drastique les critères de l'objectivité scientifique.
Il est alors possible de comprendre que de 1918 à 1935, le débât concernant la séparation entre le sujet de l'expérience et son objet sera au cœur de tous les congrès scientifiques et sera la source d'une formidable émulation intellectuelle internationale. Bohr a pour lui que le seul précepte de la mécanique classique qui demeure valable dans le monde quantique est la conservation de l'énergie, sa demande de remise en cause des critères classiques de la physique semble alors fort justifiée. De l'autre côté, Einstein est fort méfiant et sceptique vis à vis de ce qu'il considère comme une simple vulgarisation et simplification statistique, considérant ce probabilisme comme déraisonné. Il ne pourra donc jamais accepter la mécanique quantique comme science fondamentale.
Ce débât aura été sur un point de vue représentatif la lutte idéologique et intellectuelle entre l'idéalisme physique de Einstein et le pragmatisme de Bohr. Actuellement, avec les dernières découvertes de la mécanique quantique et le développement très récent de la chromodynamique quantique, il semblerait que le pragmatisme de Niels Bohr et le pessimisme de Werner Heisenberg se soient aujourd'hui imposés dans une large partie de la communauté scientifique internationale, en dépit d'une résistance platonicienne dont la question numéro 3 est la preuve évidente.